Ecoute en psychothérapie

Je visualise d’un côté des psychologues et des psychothérapeutes et de l’autre côté leurs patients qui sont là pour être aidés.

Les uns et les autres parlent de l’importance de l’écoute. Ecouter son patient, c’est un savoir-faire nécessaire pour construire une relation thérapeutique qui aide le patient à régler son problème,  à avancer en psychothérapie. La qualité d’une telle relation est très liée à la capacité d’un psy à entendre son patient. Une relation thérapeutique de qualité entre le patient et le psy (psychologue, psychothérapeute) est le fondement nécessaire pour que le patient se sente aidé peu importe l’approche exercée par psy.

Quand je vois mon patient pour la première fois, je lui pose une question : « Qu’attendez-vous du psychothérapeute ? » La majorité des patients me dit qu’ils ont besoin de se sentir compris, d’être entendus. Ils attendent un dialogue avec le psychothérapeute basé sur un respect réciproque. Ils craignent le jugement des autres, de faire mal à leurs proches, d’avoir des avis subjectifs sur des gens qu’ils aiment. C’est pour cela qu’ils ne parlent pas à leurs proches de leurs problèmes personnels. Mais ils ont besoin d’exprimer et de partager certaines choses très importantes avec un psychologue ou un psychothérapeute. Ce psy ne doit pas avoir un point de vue ou des jugements subjectifs vis-à-vis des proches du patient. Ils espèrent que ce professionnel de santé va les entendre, va les comprendre et va les aider à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent profondément à l’intérieur d’eux sans critique et avec acceptation de leur personnalité.

On ne peut pas entendre l’autre si on est distrait tout le temps par rapport à quelque chose d’extérieur ou à d’intérieur à soi, si on perd le contact invisible avec l’autre. Si je dis « Je vous écoute. » et que je continue à répondre aux appels téléphoniques, je ne suis honnête ni avec mon patient ni avec moi-même. Si je coupe la parole de la personne qui est en face de moi et que je commence à lui donner des conseils ou que j’essaie de le convaincre, je ne l’entends pas. Je ne suis pas avec lui à ce moment-là.

Je vais essayer de décrire comment je comprends « écouter » et « entendre » en tant que professionnelle de santé, en tant que psychothérapeute en approche non directive qui est une approche humaniste en psychothérapie.

Ecouter, c’est un processus. Si je le réussis, je peux dire que j’ai entendu mon patient. Mais surtout, c’est lui qui va me faire comprendre qu’il se sent entendu. Elle va le dire. Se sentir entendu transforme la relation entre le patient et le psy. Dans cette relation, nous avons plus de confiance, plus de profondeur d’exploration, plus de changement positif. Etre entendu, c’est un moment important dans la vie d’un individu. Pour lui, cela signifie être accepté, se libérer de quelque chose, comprendre quelque chose d’important à un autre niveau. Souvent, le patient vit cette expérience comme une sensation de libération. « J’ai réussi à partager ça avec l’autre et rien de grave ne m’est pas arrivé. J’ai compris et j’ai pris conscience de quelque chose d’important. J’ai réussi à mettre des mots sur ce que je ressentais mais que je n’arrivais pas à verbaliser. Et je peux explorer ça. »

En écoutant mon patient,  j’écoute ce qu’il dit. J’essaie d’entendre ce qu’il veut me dire. Je lui pose parfois des questions pour préciser, pour savoir si j’arrive à le suivre, pour vérifier mes hypothèses, pour mieux le comprendre. Je sais que toutes mes interprétations et mes hypothèses sont subjectives, alors, je les vérifie. C’est une écoute du contenu de la parole du patient.

Il y a aussi un autre niveau d’écoute. Pour cela, j’utilise mes yeux et mon cœur. En tant que psychothérapeute, j’écoute les sentiments de la personne en face de moi, son état d’âme, ce qu’il ne me dit pas directement mais à travers des signes non verbaux et même verbaux. J’imagine parfois, comment je pourrais me sentir à sa place. Et en même temps, je n’oublie pas que je ne suis pas lui et qu’il n’est pas moi. Cette capacité m’aide à avoir de la compassion envers l’autre, à ne pas le juger, à comprendre son problème actuel, ses choix dans sa vie, sa situation actuelle, à rester empathique envers lui.

En écoutant mon patient, je m’écoute aussi. Je suis attentive à mes réactions à la parole et aux signes non verbaux du patient. Je peux partager avec la personne en face de moi ce que je ressens si je crois que cela peut l’aider à avancer.

Pour résumer je dirais qu’il y a une différence entre « écouter » et « entendre ». J’écoute mon patient pour l’entendre. C’est ce qu’il attend de moi d’abord. L’écoute est un processus et entendre est le but.

En thérapie, pour aider le patient, il est important de l’écouter en utilisant plusieurs niveaux d’écoute.

Tout d’abord, écouter avec ses oreilles pour comprendre ce qu’il dit et ce qu’il veut dire, comprendre le contenu de ses paroles, comprendre son problème, sa situation, sa personnalité, son histoire.

Deuxièmement, écouter avec ses yeux et avec son cœur pour comprendre qui parle, comment il parle, quel rapport il a vis-à-vis de ce qu’il dit, de ce qu’il veut dire.

Troisièmement, s’écouter soi-même simultanément. Comment je réagis à ce que j’entends ? Qu’est ce que je fais avec ça ? etc.

A mon point de vue, en accompagnement psychologique pour écouter l’autre, pour l’entendre, il faut être très attentif à la personne. Une consultation dure habituellement un peu moins d’une heure. Cette heure  appartient au patient qui vient en consultation chez un psychologue ou un psychothérapeute en espérant de  l’aide. Cette personne vient au cabinet d’un psy pour faire ce qu’elle ne peut faire dans sa vie quotidienne ni avec ses proches, ni toute seule.

En séance de psychothérapie, le patient peut se permettre d’être authentique, d’être entièrement en contact avec lui-même, d’explorer son monde intérieur en se sentant en sécurité et accepté.

Mon rôle en tant que psychothérapeute est de l’accompagner dans ce processus, de l’aider à se rencontrer avec lui-même et de s’accepter tel qu’il est.